Réglages techniques de la machine à vendanger : Maximiser la récolte, réduire les pertes
Analyse préalable : Connaître sa parcelle et préparer la récolte
Un réglage optimal commence toujours en amont : adapter la machine aux spécificités de la parcelle et au millésime n’est pas seulement une affaire de technicité, mais aussi d’observation. Quelques points de vigilance :
- Le cépage : Certains raisins (Grenache, Merlot) sont plus fragiles, d’autres plus fermement attachés. Le système de détachement doit s’ajuster.
- L’état sanitaire : Raisins botrytisés ou fragiles ? Un secouage trop fort va tout briser.
- La maturité : Grain mûr = grain fragile. Les risques de pertes par éclatement ou décollement excessif augmentent.
- Le palissage : Largeur de l’interligne, hauteur du feuillage, système de support, état du fil porteur : tout influence le passage de la machine.
- Conditions climatiques du jour : La rosée du matin ou l’humidité du soir rendent les baies plus sensibles, mais elles aident aussi à éviter l’échauffement du produit.
Les points essentiels à paramétrer sur une machine à vendanger
Les constructeurs rivalisent sur l’ergonomie et l’automatisation, mais les principes restent souvent les mêmes, quel que soit le modèle (Pellenc, New Holland, Gregoire, Braud…).
1. La vitesse d’avancement
C’est l’un des leviers majeurs pour concilier rendement et respect du produit. Une vitesse trop élevée augmente les pertes par non-détachement ou projection hors machine, mais aussi les bourrages. Les chiffres montrent qu’une différence de 1 km/h peut entraîner jusqu’à 3 % de pertes supplémentaires (source : Institut Français de la Vigne et du Vin).
- Vitesse recommandée : Entre 2,5 et 4,5 km/h en général. En mode récolte sélective, descendre à 2 km/h peut s’avérer nécessaire.
- Vérification : Contrôler en sortie de machine le taux de grappes non récoltées ou de grains au sol.
2. Réglage des secoueurs (fréquence et amplitude)
Le système de vibration reste au cœur du dispositif. Secouer, oui, mais avec doigté. Un excès, et ce sont les feuilles qui tombent, voire des morceaux de sarments ; pas assez, et c’est la vendange qui reste sur le cep.
- Fréquence (nombre de coups/seconde) : Entre 4 et 6 Hz selon les machines.
- Amplitude : Doser pour que le mouvement détache la baie sans casser ou abîmer les grappes. Un bon réglage permet de descendre sous les 5 % de pertes maximales.
- Orientation des batteurs : Penser à synchroniser l’inclinaison des doigts/batteurs en fonction du cépage et de la forme du cep (haut, bas, largueur du palissage).
3. Réglage des tunnels et brosses de récupération
La géométrie des tunnels de récupération et les brosses ou tapis qui acheminent la vendange sont trop souvent négligés. Adapter la hauteur, la pression et l’écartement permet d’éviter qu’un pourcentage significatif de baies ne tombent à côté. Selon les essais IFV Sud-Ouest, une mauvaise mise en appui peut générer jusqu’à 8 % de pertes (rapport IFV 2022).
- Hauteur/largeur du tunnel : Adapter à la largeur de la rangée, éviter trop de frottements sur le palissage.
- Contrôle des pertes au sol : Arrêt éventuel et visite derrière la machine pour vérifier les chutes anormales.
4. Aspiration et égrappage embarqué
Pour les machines équipées, le réglage des ventilateurs d’aspiration et d’égrappage (quand il existe) joue sur la propreté du produit récolté mais aussi sur la quantité de baies perdues avec les déchets végétaux.
- Dépression adaptée : Suffisante pour évacuer feuilles et pétioles, mais pas trop forte pour éviter d’aspirer des baies entières.
- Régularité : Nettoyage régulier des grilles, surveillance des bourrages.
Points de contrôle indispensables pendant la vendange
Régler, ce n’est pas une manœuvre unique en début de parcelle. Les conditions évoluent, la fatigue de la vigne aussi. Une observation continue permet d’optimiser les réglages, voire de les retoucher d’une parcelle à l’autre, voire au fil de la journée.
- Arrêt régulier et vérification visuelle : Une cadence toutes les 3 à 5 rangs permet de repérer les grappes non décrochées ou les pertes au sol.
- Pesée rapide : Utiliser une bâche ou un niveau dans l’inter-rang pour estimer rapidement les pertes de récolte (méthode recommandée par l’IFV pour un suivi simple et fiable).
- Observation du taux de débris : Contrôler le bac de réception, surveiller le rapport baies/feuilles/sarments.
- Échange entre opérateurs : Garder la communication avec les équipes au sol, notamment sur les zones problématiques (pieux pliés, fils tombés, pieds manquants…).
Quelques cas concrets et écueils fréquents
- Mauvaise reconnaissance de la forme du cep : Les machines actuelles offrent souvent plusieurs ajustements de hauteur, écartement, pression. Trop souvent, on utilise le même réglage sur différents types de conduite, augmentant les pertes chez les ceps bas (gobelet sur fil) ou mal palissés.
- Vitesse en fin de journée : Sous la pression du temps, beaucoup d’opérateurs accélèrent pour finir plus vite. Or, la fatigue de la vigne et la montée en température de l’après-midi fragilisent les baies. Les pertes s’aggravent juste au moment où il faudrait ralentir.
- Modèles automatiques : L’automatisation des réglages est un progrès (ex : système “Autopick” de Pellenc), mais nécessite vérification terrain et calibration initiale. Il ne faut pas faire une confiance aveugle à l’électronique.
Optimiser la maintenance pour un réglage fiable
Aucune finesse de réglage ne compensera un défaut d’entretien. Une machine à vendanger entretenue selon les recommandations constructeur assure une meilleure régularité des réglages et réduit les risques de pertes accidentelles.
- Vérification des batteurs : Usure asymétrique = perte de régularité, donc pertes de récolte par bouts de rang.
- Etat des chaînes, tapis et grilles de tri : Un tapis fatigué retient mal les baies et multiplie les échappements.
- Capteurs, automatismes : Calibration annuelle ou à chaque campagne recommandée par les fabricants (voir notice Gregoire & Braud 2023).
Quelques chiffres-clés pour se situer
- Pertes moyennes tolérées : Un réglage correct sur vigne palissée assure des pertes autour de 5 % (IFV, essais 2020-2022). En-dessous de ce seuil, difficile d’aller sans nuire à la qualité ou à la rapidité.
- Sur vigne difficile (vieux ceps, irrégularités, état sanitaire moyen) : Les pertes peuvent atteindre 10 à 12 %, même avec une machine bien paramétrée. L’observation et l’ajustement restent indispensables pour limiter la casse.
- Réglage des secoueurs : Un mauvais réglage (trop fort) peut dégrader la vendange avec 8 % de débris végétaux en plus, et près du double de jus perdus (CIVB Bordeaux, 2019).
Outils pratiques : Comment vérifier et ajuster ses réglages simplement
- Test de bâche : Poser une bâche de 1 m² sous le rang sur 5 m pendant la vendange. Peser les raisins tombés au sol : au-dessus de 200 g/m², il faut revoir les réglages de secouage ou ralentir la vitesse.
- Observation rapide au godet : Ramasser à la main sur le chemin de la machine. Plus d’un quart de godet = action à engager immédiatement.
- Tableur de suivi ou carnet : Noter pour chaque parcelle les couples vitesse/pression/hauteur/rendement. Très efficace pour affiner année après année.
Les perspectives d’avenir pour aller plus loin
L’autodiagnostic embarqué, la télémétrie et l’intelligence artificielle amènent une nouvelle génération de machines capables d’adapter automatiquement les réglages pour chaque pied de vigne, en tenant compte de la biomasse, du climat, de la maturité observée en temps réel (source : Vitisphere, 2023). Les pertes pourraient alors tomber sous la barre des 3 %, mais la vigilance des opérateurs – et leur capacité à observer la parcelle – restera clé.
Bien régler une machine à vendanger, c’est concilier logique machiniste et compréhension fine du végétal. De l’observation préliminaire aux contrôles réguliers en passant par l’entretien rigoureux, chaque détail compte pour rentabiliser la récolte tout en préservant la qualité du vin à naître.
Retours et astuces de terrain sont toujours précieux : vos expériences sont les bienvenues pour enrichir ce panorama technique et pragmatique des réglages de vendangeuse.
Chenillards viticoles : Quelles marques choisir pour un vignoble européen performant ?
Le chenillard viticole, machine de traction à chenilles conçue pour évoluer dans les rangs étroits et parfois pentus des vignobles, a conquis l’Europe par sa capacité à limiter le tassement...
Chenillard viticole : comment sécuriser les travaux en parcelles difficiles ?
Travailler en viticulture héroïque, c’est évoluer dans des vignobles où la pente excède souvent 30 %, où les accès sont restreints, et où chaque geste demande vigilance...
Quelle transmission choisir sur un chenillard viticole pour terrains humides ?
Le sol viticole peut vite devenir un casse-tête dès que l’humidité s’installe. Travailler après une grosse pluie ou dans une parcelle à portance faible exige des...
Optimiser la durée de vie d’un chenillard viticole soumis à des conditions extrêmes : guide technique et retours de terrain
Le chenillard viticole est devenu un allié indispensable dans les vignobles exigeants : fortes pentes, sols détrempés, boues argileuses, cailloutis excessifs… Ces machines sont conçues pour passer partout...
Bien choisir un chenillard viticole pour l'exploitation indépendante en zone montagneuse
Cultiver la vigne en zone montagneuse impose des contraintes mécaniques et économiques fortes. Les pentes, la faible largeur des rangs, la portance limitée et la nécessité d...
Chenillard viticole : est-ce un investissement rentable pour 8 hectares en Côte-Rôtie ?
La Côte-Rôtie incarne l’un des terroirs les plus escarpés de la vallée du Rhône, avec des parcelles souvent pentues et difficilement mécanisables. Les...