14/05/2025

Pulvérisateurs viticoles : adapter son choix à la vigne et à ses pratiques

Comprendre le fonctionnement : jet porté ou jet projeté ?

La distinction entre pulvérisateurs à jet porté et à jet projeté structure le marché viticole depuis plusieurs décennies, avec des impacts concrets sur la couverture, la dérive et le choix des buses.

  • Le pulvérisateur à jet porté utilise un flux d’air généré par une turbine. Celui-ci emporte les gouttelettes du produit phytosanitaire au cœur de la végétation. L’efficacité repose ici sur l’ajustement précis du couple air-gouttelette, ce qui demande un réglage précis de la puissance de la soufflerie et du positionnement des buses. Les jets portés sont particulièrement adaptés aux vignobles à végétation dense ou en palissage haut (source : IFV).
  • Le pulvérisateur à jet projeté s’appuie surtout sur la pression de pulvérisation pour éclater la bouillie en gouttelettes, qui se projettent directement sur le feuillage, sans flux d’air majeur. Il offre une réduction potentielle de la dérive, notamment sur les modèles à panneaux récupérateurs ou buses anti-dérive. On les retrouve souvent en vignes étroites, ou en configuration “face par face”.

Selon l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), le jet porté assure une meilleure pénétration dans la végétation dense, tandis que le jet projeté convient mieux en situation de vent faible ou dans des vignes basses.

Limiter la dérive des produits : réglages, buses, pression

Limiter la dérive lors des traitements phytosanitaires est un enjeu agronomique, réglementaire (Zone Non Traitée, ZNT) et économique.

  • Réglage du volume d’air : Le réglage de la soufflerie doit être adapté à la densité de végétation. En moyenne, l’IFV recommande 60 à 90 % de la puissance maximale de la turbine sur les appareils à jet porté. Un débit d’air trop élevé génère une dérive aérienne, un débit trop faible limite la couverture.
  • Pression de pulvérisation : Évitez les pressions supérieures à 15 bars, qui multiplient les gouttes fines, synonymes de dérive. À l’inverse, une pression trop basse ne permet pas une pulvérisation suffisamment homogène. La plage idéale en cours de saison se situe entre 8 et 12 bars pour la plupart des buses viticoles (source : Chambre d’Agriculture de la Gironde).
  • Vitesse d’avancement : Adapter la vitesse du tracteur selon le volume d'air, le stade de la vigne et la vigueur. Enherbement ou dévers nécessitent de ralentir pour garantir l’homogénéité du traitement.
  • Hauteur et orientation des buses : L’alignement doit viser le cœur de la végétation, sans surdoser le pied ni polluer l’interrang, ce que des buses à orientation réglable sur tôle ou tubes porte-buses permettent de gérer finement.

À noter : Les conditions météorologiques priment sur tout réglage mécanique. Privilégier les créneaux matinaux avec vent inférieur à 15 km/h (IFV, Guide du Pulvérisateur).

Optimiser l’efficacité : bien choisir ses buses de pulvérisation

Le choix des buses a un impact direct sur l’homogénéité des traitements, l’économie de produits et la réduction de la dérive.

  • Buses à fente (classic) : Diffusent un jet en “vitrail”, très commun sur pulvérisateurs à jet projeté, adaptés aux bougies de dosage et systèmes à bas volume.
  • Buses à injection d’air (anti-dérive, air-mix) : Génèrent de grosses gouttelettes alvéolées, qui limitent la volatilité. Idéales à proximité des habitations ou pour réduire les ZNT, elles sont conseillées dans la lutte contre le mildiou (18 à 20 % de dérive en moins selon l’IFV).
  • Buses à turbulence : Mélangent la solution et l’air, créant une brumisation contrôlée, recommandées pour certains panneaux récupérateurs.

Sur parcelle de dix hectares en palissage classique, le diamètre de buse doit assurer un débit supérieur à 0,8 l/min (par buse), et la pression doit rester stable pour garantir l’uniformité (source : COOP de Champagne).

Capacité de cuve : viser l’autonomie sans surdimensionner

L’autonomie d’un pulvérisateur dépend de la surface à traiter et du volume de bouillie/ha. Pour dix hectares de vigne :

  • Volume usuel : Les traitements à 150 l/ha sont fréquents. Cela revient à 1 500 litres de bouillie pour dix hectares.
  • Capacité minimale recommandée : Une cuve de 1 600 l à 2 000 l est conseillée pour éviter un trop grand nombre de remplissages (source : DRAAF Bourgogne, Essais Matériels 2022).
  • Accès et poids tractés : Attention néanmoins au PTAC des tracteurs et à la capacité des terrains en pente ou humides. Une cuve trop lourde peut compliquer la manœuvre ou endommager l’interrang.

Les modèles portés enjambeurs restent la norme pour dix hectares mais les traînés compactes ou automoteurs sont pertinents si présence de longues distances ou relief marqué.

Traiter sans gaspiller : systèmes de récupération et nouvelles technologies

En viticulture, une part importante des produits pulvérisés n’atteint pas la cible. Plusieurs équipements permettent de limiter ce phénomène :

  • Panneaux récupérateurs : Des panneaux latéraux ou tunnels canalisent l’excédent vers des gouttières, qui renvoient le surplus en cuve. Baisse de 15 à 40 % des quantités sur sol selon essais IFV, avec réduction du lessivage et de la dérive (source : Vigne Vin Publications Internationales).
  • Buses anti-dérive et injection d’air : Réduisent la fraction volatile et les retombées hors cible.
  • Capteurs ultrason ou lidar : Ces dispositifs déclenchent ou adaptent la pulvérisation en présence de végétation, supprimant les zones mortes entre pieds ou en fin de rang.

À noter l’importance de la compatibilité entre la bouillie, les systèmes de récupération (tendance à la colmatation), et le besoin d’entretien pour conserver leur efficacité.

Vers des traitements de précision : modulation de dose et automatisation

La modulation de dose permet d’ajuster la quantité d’intrants appliqués au plus près du besoin (vigueur, stade phénologique, densité végétale), avec un triple objectif : efficacité, économie, moindre impact environnemental.

  • Matériel équipé d’un GPS différentiel et d’une console embarquée (ISOBUS ou spécifique constructeur).
  • Capteurs de végétation (parfois couplés à la cartographie drone ou NDVI) pour analyser la vigueur et adapter le volume en temps réel.
  • Réglage sectionné : les buses sont ouvertes/fermées automatiquement par tronçons, en évitant les surdosages en parcelle ou en bout de rangs.

Plusieurs constructeurs (Berthoud, Tecnoma, Gregoire, Hardi, par exemple) proposent désormais des solutions de modulation embarquée intégrée, bien que leur déploiement reste plus fréquent en grandes cultures qu’en viticulture. En configuration rangs étroits ou vignes en forte pente, l’automatisation s’accompagne d’un asservissement de la hauteur et de la géolocalisation pour garantir la stabilité et la régularité du traitement, même à vitesse variable.

Pulvérisation et réglementation : contrôles techniques obligatoires

Depuis 2009, et renforcé en 2016, tout pulvérisateur utilisé en agriculture doit être contrôlé tous les 3 ans dans le cadre du "Contrôle Technique des Pulvérisateurs" (CTP), sous peine de sanction lors d’un contrôle PAC ou police phytosanitaire (source : Service-public.fr). Ce contrôle s’applique aux pulvérisateurs trainés, portés, automoteurs, et concerne :

  • l’état des cuves (étanchéité, corrosion, nettoyage),
  • les pompes,
  • les filtres et buses,
  • les systèmes de régulation,
  • les dispositifs anti-retours de bouillie,
  • les dispositifs de récupération où ils existent.

Un carnet d’entretien et de suivi d’étalonnage est fortement recommandé, voire obligatoire pour certains cahiers des charges certifiés HVE ou biologique.

Biocontrôle : quels équipements pour traiter en douceur ?

Les produits de biocontrôle (cuivre, soufre, extraits végétaux, agents microbiens) sont parfois plus sensibles que les produits conventionnels

  • Agitation douce : Certains agents microbiens, comme les Bacillus, sont détruits par une agitation trop violente. Préférer les cuves à agitation hydraulique contrôlée aux systèmes à batteurs mécaniques.
  • Buses adaptées : Les buses à fente large ou à turbulence limitent le colmatage que certains agents de biocontrôle peuvent provoquer. Pressions réduites (6 à 8 bars) recommandées pour éviter la dégradation des organismes vivants.
  • Nettoyage : Entretiens particulièrement rigoureux, à l’eau claire, en prévention des contaminations croisées avec d’autres produits phytosanitaires.

Pulvériser sur rangs étroits, pente : automatisation ou solutions dédiées ?

L’automatisation de la pulvérisation en viticulture reste un marché en forte croissance, avec des innovations ciblant les contextes complexes :

  • Sur rangs étroits (1,50 m et moins) : Des enjambeurs automoteurs ou électriques intègrent la gestion des sections, la détection automatique de végétation et la régulation de pression embarquée. Les systèmes d’asservissement au GPS limitent les risques de recouvrement ou d’oubli entre rangs rapprochés.
  • Sur pentes : Certains pulvérisateurs traînés revendiquent une stabilité accrue grâce à la gestion automatique du centre de gravité, des axes directionnels modifiables, et même des roues indépendantes assistées (système Ecotrac, Pellenc, sources : Salons Sitevi et VITeff 2023).

À noter que sur des pentes supérieures à 20 % ou des configurations terrassées, la question d’un automoteur dédié ou d’un portage manuel subsiste encore en l’absence de solutions universelles. Les automates entièrement autonomes (robots tracteurs, drones de pulvérisation) font l’objet d’expérimentations prometteuses, surtout sur risques sanitaires spécifiques ou dans de jeunes plantations.

Pour aller plus loin : retenir l’essentiel selon chaque configuration

Le choix d’un pulvérisateur viticole doit toujours intégrer plusieurs facteurs : type de vigne, superficie, topographie, contraintes réglementaires, objectifs (qualité, économie, biosécurité), besoins en innovation. Les solutions évoluent vite, intégrant de plus en plus la digitalisation, le ciblage et la récupération, dans un cadre réglementaire exigeant (ZNT, CTP, gestion des effluents). Prendre le temps d’adapter le matériel à l’exploitation, de former les opérateurs et d’investir dans la qualité et l’entretien garantit l’efficacité, la sécurité des utilisateurs et la performance économique et environnementale du domaine.

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