20/07/2026

Chenillards radiocommandés : quand la sécurité s’impose dans les vignes sur fortes pentes

Le risque en pente : une réalité concrète et persistante

Sur certaines parcelles viticoles, notamment en Val de Loire, dans le Jura, le Beaujolais, la Côte Rôtie, l’Alsace, ou encore de nombreuses zones d’appellation du Languedoc et de la Provence, les pentes à plus de 30 % ne sont pas rares. Le travail du sol, la tonte, le broyage ou encore l’entretien des rangs deviennent alors véritablement critiques du point de vue de la sécurité. Chaque campagne compte malheureusement ses sorties de route, parfois graves. Le rapport de la MSA estime que 9 % des accidents graves du secteur viticole sont liés à des renversements de tracteurs (Source : MSA). Sur pentes et talus, la stabilité des matériels à roues atteint vite ses limites. En dessous de 15° d’inclinaison latérale, un tracteur standard montre déjà des comportements à risque. Les chenillards classiques, plus bas sur patte, offrent un gain certain, mais le facteur humain reste déterminant (fatigue, stress, réflexes inadaptés). C’est dans cette optique que les chenillards radiocommandés sont arrivés sur le marché professionnel depuis une quinzaine d’années.

Un bond en sécurité et en maîtrise

Le principe : une machine compacte, montées sur chenilles caoutchouc larges, à centre de gravité très bas, pilotée à distance par une radiocommande sécurisée. Plus besoin de prendre place à bord de l’engin, ni de circuler dans la zone de danger immédiat. Les opérateurs restent à distance du risque. Confrontés aux contraintes de relief et à l’obligation de sécuriser le travailleur, de nombreux domaines pionniers ont adopté ces engins dès leur arrivée en France, entre 2012 et 2015 (Marque Energreen, puis McConnel, Green Climber, Herder, etc.).

  • Suppression totale du risque de bascule du conducteur : conduite à distance jusqu’à 150 mètres.
  • Compacité et adhérence maximales : certains modèles descendent à 90 cm de large, pèsent moins de 1100 kg équipés, et travaillent sur des pentes jusqu’à 55° (soit 143 % – Source : fiches techniques fabriquants).
  • Réactivité immédiate de l’arrêt d’urgence : un "stop" sur la radiocommande neutralise instantanément le chenillard et les outils (norme CE EN ISO 13849-1).

Concrètement, quels travaux réalisables ?

Le chenillard radiocommandé s’adapte en priorité à l’entretien des sols difficiles :

  • Broyage d’herbe et de sarments,
  • Débroussaillage inter-rangs ou talus,
  • Travail superficiel du sol (herse rotative légère, émietteurs),
  • Tonte sous le rang (certains modèles à outils frontaux articulés),
  • Parfois désherbage mécanique léger.

Attention, à ce jour ces engins ne remplacent pas les tracteurs pour des interventions nécessitant une traction élevée (charrue, interceps lourds), ni pour la pulvérisation ou la vendange.

Architecture technique : robustesse et polyvalence

L’ensemble des modèles sérieux du marché partagent des points communs :

Caractéristiques Valeurs/Echauffements relevés
Puissance moteur De 18 à 40 ch (essence ou diesel, selon les modèles – source : catalogues Energreen, McConnel, Herder)
Largeur hors tout De 90 à 125 cm, selon version et équipement
Inclinaison maxi en sécurité Jusqu’à 55° (modèles homologués, notice constructeur)
Vitesse de déplacement 0 à 7 km/h en général
Autonomie carburant 4 à 8 heures de travail continu
Poids total 900 à 1400 kg selon la motorisation et les outils montés
Attache outils Prise de force (hydraulique en général) et/ou porte-outils avant ou arrière

Pourquoi l’intérêt explose dans les vignobles escarpés ?

  • Réduction significative des accidents graves : dans plusieurs exploitations de la vallée du Rhône sondées par la CAVB, le passage au chenillard télécommandé a totalement éliminé les situations de retournement critique (CAVB).
  • Gain d’efficacité : l’opérateur surveille simultanément le travail de la machine et l’environnement immédiat (piétons, obstacles, faune sauvage). Travail en pente accéléré et sécurisé.
  • Remplacement du travail manuel dangereux : la tonte et le broyage le long des rangs exposés, qui nécessitaient parfois un débroussaillage à la main (risque de chute, EPI obligatoire), sont aujourd’hui confiés à des engins spécialisés.
  • Conformité sécurité renforcée : réponse directe aux exigences croissantes des assurances agricoles et de la prévention MSA. Moins d’exclusion, moins de franchise en cas de déclaration d’accident.

À noter : certains réseaux mutualisés (CUMA ou prestataires) commencent à intégrer ces matériels au parc locatif pour répondre aux attentes des exploitations moyennes, qui ne veulent pas investir à titre individuel (prix d’achat supérieur à 35 000 €, voire 50 000 € sur des versions professionnelles complètes).

Avantages techniques à prendre en compte

  • Pression au sol très faible : adaptée à la préservation des sols à structure fragile (vignes en terrasses, schistes bretons, etc.).
  • Grande maniabilité : rayon de braquage quasi nul (rotation sur place sur chenilles indépendantes).
  • Stabilité exceptionnelle : centre de gravité ultra-bas, limitant la prise de roulis (là où un quad ou un microtracteur basculerait aisément).
  • Moindre tassement que les tracteurs à roues : point souvent sous-estimé en conditions humides ou sur terre légère.
  • Entretien simplifié sur les modèles bien conçus : accès rapide au moteur, peu d’électronique embarquée, maintenance hydraulique principalement.
  • Commande intuitive : la radiocommande a progressé en ergonomie : possibilité de réglage de la vitesse, de l’outil, de la hauteur, retour d’info lumineux instantané, modes "escargot" ou "boost".

Limites et vigilance : tout ne s’automatise pas encore

Malgré tous leurs atouts, les chenillards radiocommandés présentent des inconvénients ou des limites à ne pas occulter.

  1. Prix d’entrée élevé : on trouve rarement sous 30 000 € pour un matériel pro, hors outils. Les modèles aboutis et puissants flirtent avec les 45 000 à 60 000 € (hors subventions ou aides régionales).
  2. Outils embarqués limités : impossible de tracter des outils lourds non prévus, attention à la puissance hydraulique : le débit est souvent limité à 25-40 l/min max. Incompatible avec certains outils tractés de la vigne traditionnelle.
  3. Usure rapide si mauvaise utilisation : sur sol rocailleux ou abrasif, les chenilles caoutchouc souffrent plus que sur prairie ou terre meuble. Nécessité d’un contrôle régulier des galets, tensions, roulements.
  4. Dépannage spécifique : électronique de radiocommande, pompes hydrauliques ou moteurs thermiques compacts : tous les ateliers ne peuvent assurer le S.A.V., ce qui impose souvent de passer par la marque ou l’importateur.
  5. Besoin de formation : conduite à distance, apprentissage des logiques de déplacement, des séquences de sécurité et du contrôle de l’engin à vue. Impossible de confier la machine à n’importe qui au sein de l’équipe.

Quels critères pour choisir un chenillard radiocommandé ?

Avant de valider un achat ou une location, plusieurs éléments doivent être passés en revue :

  • Inclinaison maximale garantie : modèles homologués, certification par essais (vérifiez notices, tests vidéo, démonstrations chez les voisins !).
  • Largeur et profil de chenille : ratio adhérence/stabilité adapté aux interlignes et au type de talus.
  • Type d’outils compatibles : attention à la prise de force – hydraulique ou mécanique, au poids autorisé, aux nécessités d’entretien (débroussailleuse lourde, rotavator léger, tondeuse...).
  • Rayon d’action réel de la radiocommande : certains modèles décrochent à plus de 40-50 m, d’autres tiennent la liaison deux fois plus loin.
  • Fiabilité du S.A.V. : vérifier la présence d’un réseau technique dans votre département, questionner les collègues sur la rapidité des interventions.
  • Simple homologation "CE" : exiger la notice française, la déclaration de conformité, l’indice de protection de la radiocommande (IP67 requis sur terrain exposé à la boue et à la pluie).

Sélection de marques et d’outils associés : aperçu du marché 2024

Le marché français se structure avec des marques spécialisées, proposant des modèles répondant à ces exigences. Quelques noms incontournables :

  • Energreen : forte implantation sud de la France, fiabilité électronique réputée, gamme de chenillards Robo-Mini à Robo-EVO (de 23 à 40 ch), nombreuses options outils. (energreen.it/fr).
  • McConnel : nouveaux modèles "Robocut" compacts, outils interchangeables, réseau de distribution élargi (mcconnel.com).
  • Green Climber : modèles F300 et LV600 particulièrement adaptés aux vignobles étroits, l’un des plus petits rayons de braquage du marché (greenclimber.fr).
  • Herder : machines lourdement dimensionnées, plus rares en France, appréciées sur de très fortes pentes pour broyage et travaux forestiers (herder.nl).

La plupart proposent une gamme d’accessoires adaptée à la vigne : broyeurs, lamiers, barres de coupe, herses, balayeuses à sarments, etc.

Pistes d’évolution à surveiller

Les chenillards radiocommandés, initialement destinés à l’entretien des abords autoroutiers et aux travaux forestiers d’accès difficile, se sont aujourd’hui imposés dans la viticulture de pente, là où la difficulté et le danger sont maximums. Les fabricants travaillent sur :

  • L’allègement de la structure pour intervenir dans les vignes très étroites ou en terrasses (moins de 1,10 m de large, 900 kg maxi).
  • Les versions tout-électrique (encore rares, mais en cours de test, notamment en Suisse et Italie du Nord).
  • Des liaisons radio plus robustes et la télémétrie du parc machine à distance (alerte SMS, suivi GPS intégré).
  • Une maintenance simplifiée par l’ajout de capteurs, pour anticiper l’usure critique des chenilles et organes en rotation.

Pour finir, la tendance est aussi à la mutualisation : CUMA, prestataires spécialisés, prêts inter-exploitants, pour permettre l’accès à ces solutions à des structures de taille moyenne. L’arrivée progressive des aides PCAE (Plan de Compétitivité et d’Adaptation des Exploitations agricoles) pour l’investissement dans du matériel sécurisé va probablement booster ces achats dans les cinq prochaines années (sources : Ministère de l’Agriculture).

La sécurité des opérateurs et la capacité à entretenir des parcelles délicates, sans compromis, placent les chenillards radiocommandés comme une alternative solide et désormais bien éprouvée sur les vignobles en forte pente.

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