Comment réduire la dérive et récupérer les produits non déposés lors des traitements viticoles ?
Récupérer les produits non déposés : un enjeu technique et environnemental majeur
La pulvérisation phytosanitaire traditionnelle présente un défaut bien connu en viticulture : une partie significative du produit appliqué ne se fixe pas sur la vigne. Cela génère à la fois des pertes économiques et un impact environnemental. Selon l’IFV (Institut Français de la Vigne et du Vin), le taux de non-dépôt peut atteindre 30 à 50 % du volume appliqué en fonction du matériel utilisé, du stade végétatif et des conditions climatiques. Ce chiffre révèle l’importance d’agir, tant pour maîtriser les coûts de traitement que pour répondre aux exigences réglementaires et sociétales croissantes sur la qualité de l’air, des sols et de l’eau (vignevin.com).
Depuis les années 2010, le recours à des équipements capables de récupérer le produit non déposé est devenu une voie à la fois technique et réglementairement encouragée : la réduction de la dérive figure en bonne place dans les stratégies DEPHY Ecophyto ou HVE. Cette réponse s’inscrit aussi dans une logique d’économie circulaire et de performance agronomique.
Les principaux équipements de récupération des produits non déposés
Plusieurs solutions techniques existent aujourd’hui pour limiter la dérive et récupérer la fraction de produit qui n’est pas captée par la végétation. Ces dispositifs combinent souvent plusieurs fonctions : interception physique des embruns, aspiration, voire filtration et restitution du produit au circuit de pulvérisation.
1. Les panneaux récupérateurs
Le dispositif le plus répandu est le panneau récupérateur, fixé de part et d’autre du rang à traiter. Il s’agit de panneaux métalliques, plastiques ou composites, souvent galbés et inclinés, qui interceptent les gouttelettes volant au-delà de la végétation.
- Principe : Les panneaux créent un tunnel autour du feuillage, limitant la déperdition latérale mais également la dispersion verticale grâce à leurs rebords. Ils sont compatibles avec la majorité des pulvérisateurs à jet porté ou à jets calibrés.
- Récupération : Les gouttelettes se déposent sur les panneaux qui sont équipés d’un système d’égouttage relié à une cuve de récupération. Selon les modèles, 40 à 80 % du produit intercepté peut retourner dans le circuit (BASF Agro France).
- Limites : L’installation nécessite un réglage précis selon la vigueur de la vigne. En conditions de vent moyen à fort, l’efficacité diminue.
2. Les pulvérisateurs recyclants à flux récupérateur
Apparus au début des années 2010, ces appareils intègrent les fonctions de pulvérisation et de récupération en un seul ensemble. Leur principe : un flux d’air ou de dépression aspire l’air chargé de brouillard phytosanitaire, qui n’a pas été déposé sur la plante, vers des cyclones ou des filtres pour être réinjecté dans le circuit de pulvérisation.
- Technologie : La tête de pulvérisation est entourée de capots équipés de canaux d’aspiration. Les cyclones ou les filtres séparateurs retiennent les particules, lesquelles sont restituées à la cuve du pulvérisateur.
- Performance : Selon une étude IFV/SISEA (2017), les dispositifs à flux récupérateur permettent de diminuer les pertes de produits de 35 à plus de 75 % selon la vigueur et l’étroitesse du rang.
- Avantages terrain : Adaptés à des vignes étroites ou palissées, idéaux pour les zones proches des ZNT (zones de non traitement), et valorisables lors de la demande des certifications environnementales.
- Contraintes : Encombrement accru, coût d’investissement élevé (de 25 000 à plus de 40 000 € selon les versions et les largeurs de travail), puissance nécessaire supérieure pour entraîner les ventilateurs et aspiration.
3. Les tunnels récupérateurs automoteurs ou portés
À la croisée des panneaux récupérateurs et des pulvérisateurs à flux recyclant, plusieurs fabricants – notamment R.P.M. en Italie ou Berthoud en France – proposent des tunnels portés qui enferment complètement le rang dans une structure fermée, avec aspiration et recyclage du brouillard traitant.
- Structure : Tunnel en polycarbonate, acier inox ou tissu composite étanche ; jets de pulvérisation intégrés dans la structure ; turbines d’aspiration et buses de restitution.
- Résultats : Les essais menés par l’IFV Gironde (2021) montrent une récupération de plus de 65 % du produit non déposé, même à des cadences de travail élevées (jusqu’à 5 km/h).
- Adaptabilité : Particulièrement efficaces sur jeunes vignes, palissage étroit, et dans les parcelles proches des habitations.
- Freins : Poids, maniabilité dans les petits îlots, investissement (plus de 35 000 €), complexité d’entretien.
4. Capteurs discontinus et technologies d’application de précision
Bien qu’ils n’assurent pas la “récupération” mécanique du produit, ces systèmes participent à la réduction massive du produit non déposé en adaptant la pulvérisation à la quantité de végétation détectée.
- Systèmes embarqués : Capteurs optiques type LIDAR, sonar ou infrarouge mesurent la densité de la végétation en temps réel et régulent l’ouverture des buses, ou stoppent l’application là où la végétation est absente (Terre-net).
- Bénéfices : Selon les constructeurs, jusqu’à 25 à 40 % d’économie de produit en conditions réelles, réduction proportionnelle des rejets atmosphériques et du ruissellement.
- Limites : Investissement matériel, nécessité d’un paramétrage précis et maintenance des capteurs.
Quels critères comparer pour choisir une solution de récupération adaptée ?
Avant de s’équiper, il est essentiel d’évaluer précisément le profil du vignoble, la configuration des rangs et l’organisation du chantier de traitement.
- Densité et type de vigne : Les tunnels et panneaux offrent le plus d’efficacité sur vignes palissées et étroites ; plus difficile sur vignes larges ou gobelets.
- Facteurs économiques : L’investissement matériel devra être mis en balance avec l’économie réalisée sur les phytosanitaires. Un panneau récupérateur peut amortir son coût (de 8000 à 15 000 €) sur 5 à 7 ans pour un vignoble supérieur à 10 ha (Vitisphère).
- Facilité d’utilisation au quotidien : Réglage, nettoyage des panneaux, entretien des systèmes d’aspiration et de filtration sont à prendre en compte, en particulier pour les dispositifs complexes.
- Homologation et subvention : De nombreux dispositifs bénéficient de subventions (Plan Ecophyto, PCAE) en France et en Europe. La présence au catalogue des équipements homologués par le Label Pulvé est un atout (pulve.fr).
- Compatibilité machinisme : Poids sur l’attelage, besoins en puissance (prise de force, débit hydraulique), largeur totale du chantier et usure des éléments doivent être vérifiés.
Réglementation et perspectives d’évolution
En France, la réglementation impose depuis le 1er janvier 2021 des distances de non-traitement (ZNT) obligatoires à proximité des habitations et points d’eau. Les équipements de récupération (panneaux, tunnels, flux recyclants) font partie des dispositifs autorisant la réduction de ces distances, sous réserve d’homologation officielle.
Le Label Pulvé distingue depuis 2018 les matériels permettant une limitation démontrée de la dérive (>50 % de réduction sur rangs palissés). Ce label conditionne d’ailleurs, dans de nombreux départements, l’accès à certaines aides publiques, ce qui accélère la modernisation du parc d’appareils.
Les innovations se poursuivent autour de la combinaison des approches : intelligence embarquée, cartographie en temps réel du dépôt, suivi automatique du taux de récupération par capteurs connectés. Plusieurs prototypes présentés lors du Sitevi 2023 intègrent déjà ces briques, ouvrant la voie à de futures générations de pulvérisateurs “responsables” et pilotables à distance.
Pour aller plus loin
- Réduire la dérive de pulvérisation en viticulture, guide IFV
- Label Pulvé, site officiel
- Optimiser la pulvérisation, Terre-net
Ces solutions, évolutives, permettent de répondre au triple enjeu de la rentabilité, de la protection des cultures et du respect de l’environnement. L’adaptation fine aux besoins, la veille sur les innovations, et l’accès à des essais indépendants resteront des leviers essentiels pour choisir l’équipement le plus pertinent selon chaque situation de vignoble.
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